Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Ecole française de Lausanne ValmontEcole Valmont aefe
« Novembre 2017 »
Novembre
DiLuMaMeJeVeSa
1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930

Cliquer sur les dates pour découvrir les événements programmés

Prochain événements
Rester informé

Lettre d'information

 

Flux des dépêches
Mode d'emploi

Applications mobiles

Pourquoi parler français (13) ?

Le français, langue de la diversité (2).

Dans un article publié début 2013 dans la revue Défense de la langue française (N° 247) et intitulé "L'anglais ne suffit plus", le linguiste anglais Donald Lillingstone (voir article précédent à la rubrique Pédagogie) dresse un tableau de ce que sera le paysage linguistique mondial du XXI ème siècle.

Dans un premier temps, Donald Lillingstone fustige à nouveau les deux conséquences du "tout-anglais", d'une part, l'appauvrissement culturel inéluctable avec notamment la "disparition prévisible de toutes les cultures qui ne sont pas anglophones" et, d'autre part, l'impérialisme culturel qui en découle. Il cite notamment le linguiste Robert Phillipson. Celui-ci, dans son livre  "Linguistic Imperialism", rappelle en effet que c'est lors de la conférence anglo-américaine de 1961, dans un rapport tenu secret à l'époque, que la stratégie de domination de la langue anglaise a été arrêtée en ces termes "l'anglais doit devenir la langue dominante remplaçant les autres langues et leurs visions du monde". Le linguiste français Claude Hagège dans son livre paru en 2012 "Contre la pensée unique" (éditions Odile Jacob) confirme cette analyse ainsi que l'existence de l'Anglo-american report de 1961 où il est écrit que l'anglais doit devenir la langue dominante pour "imposer sa vision du monde" (page 61).

Dans un second temps, Donald Lillingstone affirme que l'hégémonie anglo-saxonne touche de toute façon à sa fin et que le XXI ème siècle va complètement changer la donne. D'autres langues sont en train de s'imposer du fait des évolutions démographiques, géopolitiques et économiques, ce que confirme d'ailleurs un rapport publié par le British Council en 2006 sous le titre "English next" et qui conclut : "le réseau linguistique mondial est en pleine mutation".

Donald Lillingstone observe que le chinois est déjà en concurrence anec l'anglais pour devenir la langue dominante de l'Asie. Ainsi le 16 mars 2013, les vingt-sept plus prestigieuses universités chinoises ont toutes, purement et simplement, supprimé l'anglais de leurs conditions d'entrée. L'Inde est également en train de prendre des mesures pour s'affranchir de l'anglais : passage de l'anglais à l'hindi dans les écoles, les universités, les administrations... et Claude Hagège, dans l'opus cité plus haut (page 79), rapporte la déclaration suivante d'un ministre du gouvernement indien, Mulayam Singh Yadav, : "Notre programme à terme est l'élimination de l'anglais". Le Brésil, quant à lui, a récemment supprimé l'anglais comme langue étrangère obligatoire pour le remplacer par l'espagnol... Or la Chine, l'Inde et le Brésil sont les trois principaux pays émergents de la planète et représentent à eux seuls pratiquement la moitié de la population mondiale...

En Europe même, les protestations se font entendre : ainsi le 22 novembre 2011, la motion publiée par la conférence des présidents des universités allemandes a fait sensation : "L'ulilisation systématique de l'anglais dans la recherche et les travaux universitaires restreint l'efficience des publications et crée une distorsion inacceptable de la concurrence". Et en Suisse, cette Suisse où la langue française est parfois si malmenée, on commence aussi à réagir contre la prégnance de l'anglais, comme l'illustre la publicité toute récente de la banque Valiant mise en exergue en haut de cet article.

Donald Lillingstone s'en réjouit : "Autrement dit, l'anglais ne deviendra jamais la langue mondiale à l'exclusion de toutes les autres et ceci est une très bonne nouvelle", s'appuyant sur le célèbre ouvrage The Cambridge Encyclopedia of language du linguiste David Crystal, professeur à l'université de Cambridge, dans lequel on peut lire : "La santé intellectuelle de la planète dépend du plurilinguisme". Le "tout-anglais appartient déjà au passé" en conclut M. Lillingstone.

L'Anglais Donald Lillingstone termine son article en posant la question "Où en est la langue française dans tout cela ?". Voici la réponse qu'il donne : "Le monde du XXI ème siècle, où c'est le plurilinguisme qui sera prisé, relancera la langue et la culture françaises à l'échelle mondiale" et il en avance les raisons (déjà données en partie dans l'article 1 de cette série d'articles sur la langue française) : le français est, avec l'anglais, la seule langue apprise et parlée sur tous les continents ; soixante-dix-huit pays dans le monde adhèrent déjà à la francophonie (leur nombre augmente régulièrement, il n'y en avait que soixante-quinze lorsque l'article 1 a été écrit, il y a seulement quelques mois) ; le français est langue officielle de trente-deux pays du monde et de toutes les grandes organisations internationales (en mai 2012, le prince consort Henrik de Danemark a annoncé que, désormais, il ne s'exprimerait plus qu'en français dans les instances internationales) ; il y aura en 2050, au milieu du XXIème siècle, 750 millions de francophones (ce chiffre aussi est régulièrement revu à la hausse), ce qui veut dire qu'il y aura alors sur terre autant de francophones que d'hispanophones, par exemple. Cette réalité n'a pas d'ailleurs échappé aux Chinois puisque, chaque année, des centaines d'établissements scolaires ouvrent des cours de français, dont l'enseignement est en pleine expansion dans tout le pays ; et rappelons aussi au passage que le pavillon de la France a été le plus visité lors de l'exposition universelle de Shangaï en 2010, loin devant le second, celui des Etats-Unis d'Amérique.

Mais surtout, Donald Lillingstone insiste sur le fait que "le français doit absolument contribuer de manière significative à la santé intellectuelle de la planète" en rappelant "la richesse culturelle, littéraire, intellectuelle, technique et scientifique unique" qui caractérise notre langue depuis dix siècles.

Il est enfin une autre réalité méconnue : sur les quelque six mille langues parlées dans le monde aujourd'hui, deux mille cohabitent dans l'espace francophone mondial. Et si la mission de la langue française était aussi désormais de prendre une part active à la protection de la diversité linguistique mondiale ? C'est sans doute l'Egyptien Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations-Unies et ancien secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie, qui a le premier établi la relation entre la promotion de la langue française et la défense du multilinguisme dans son dicours du 13 juillet 2001, lors de la remise du Doctorat Honoris causa de l'université d'Ottawa : "Défendre la langue française, c'est défendre le plurilinguisme ! C'est défendre l'ensemble des communautés linguistiques ! C'est défendre le dialogue des cultures !... Tout comme la démocratie à l'intérieur des états s'appuie sur le pluripartisme, la démocratie entre les états doit s'appuyer sur le plurilinguisme et sur la pluralité des cultures.... défendre une langue, c'est défendre toutes les langues..."

Alain SULMON