Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Ecole française de Lausanne ValmontEcole Valmont aefe
« Octobre 2017 »
Octobre
DiLuMaMeJeVeSa
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031

Cliquer sur les dates pour découvrir les événements programmés

Prochain événements
Rester informé

Lettre d'information

 

Flux des dépêches
Mode d'emploi

Applications mobiles

Pourquoi parler français (12) ?

Le français : langue de la diversité (1).

Dans les articles à venir, nous allons essayer d’imaginer quelle pourrait être la place, la mission et le positionnement de la langue française dans le monde de demain.

Pour débuter cette réflexion, nous allons donc donner la parole à un Anglais, Donald Lillistone, proviseur du lycée de Middlesbrough en Grande-Bretagne et lui-même linguiste. Ce dernier a en effet écrit une article sur ce sujet dans la revue de l’AMOPA de décembre 2010 (revue de l’Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques) ; voici quelques extraits de cet article qui, de la part d’un Anglais, peut nous étonner, mais qui met à bas pas mal d’idées reçues :

"Nous étions quatre chefs d’établissement, un Allemand, un Espagnol, une Finlandaise et un Anglais, invités parmi d’autres à un colloque sur les divers systèmes éducatifs européens, et nous bavardions ensemble en français. Un proviseur français nous rejoint et exprime sa surprise de nous avoir entendus parler français ; il aurait trouvé naturel, précisa-t-il, que nous parlions anglais.

Cette anecdote révèle une attitude de soumission inquiétante de certains Français devant le "tout-anglais". Qu’un proviseur ou que certains français estiment si peu la belle langue de Molière est véritablement consternant…

Il pourrait en surprendre plus d’un qu’un Anglais cherche non seulement à défendre mais à promouvoir activement la langue française mais je suis sincèrement reconnaissant de l’enrichissement culturel et intellectuel que la langue française m’a apporté. Etant un acteur du monde de l’Education, je voudrais que chacun ait l’occasion de bénéficier du même enrichissement…

Etre contre le "tout-anglais", ce n’est pas forcément être contre l’anglais, bien au contraire. C’est plutôt que le modèle dominant qui s’est progressivement mis en place à la suite de la Seconde Guerre mondiale et qui consiste à faire du recours à une lingua franca universelle (l’anglais en l’occurence) la panacée ultime, ne peut être finalement qu’un appauvrissement culturel. La relation entre langue et pensée est fondamentale, et on ne pense pas de la même manière dans toutes les langues. Voilà pourquoi le "tout-anglais" est un "nivellement par le bas" culturel et linguistique…

La Déclaration Universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle adoptée le 2 novembre 2001 réaffirme qu’une culture est indissociable de la langue dans laquelle elle s’exprime. Michaël Oustinoff, Kristof Pomian et d’autres spécialistes de la linguistique ont déjà affirmé que le "tout-anglais" n’est ni inévitable, ni désirable. Il est peut-être temps qu’un Anglais y ajoute sa voix, et dans une autre langue que l’anglais….

Mais comment réagir devant la marée montante de ce que l’historien Niall Ferguson a appelé l’anglobalisation ? Et comment combattre l’attitude des Français envers leur langue si bien décrite par le feu et tant regretté Maurice Druon qui avait déclaré que : "les Français ne respectent plus leur langue parce qu’ils ne sont plus fiers d’eux-mêmes ni de leur pays. Ils ne s’aiment plus, et ne s’aimant plus, ils n’aiment plus ce qui était l’outil de leur gloire"….

Tout passe par l’éducation et c’est le rôle des éducateurs de rendre les jeunes plus ouverts au monde : voulons-nous rendre les jeunes plus ouverts à un monde où tout est partout pareil, ou voulons-nous les préparer à bénéficier de la richesse de la diversité culturelle qui dépend entièrement de la diversité linguistique ?

Et qui sait ? Si on arrive à rendre les jeunes Français plus ouverts à d’autres cultures au pluriel, peut-être finiront-ils par mieux apprécier la langue et la culture françaises, et par se rendre compte qu’ils sont héritiers et dépositaires d’une des cultures les plus riches et les plus raffinées du monde…."

"Messieurs les Anglais, tirez les premiers" déclara le comte d’Anterroches à la bataille de Fontenoy le 11 mai 1745 (en réalité, cette anecdote rapportée par Voltaire dans son Précis du siècle de Louis xv ne semble pas véridique) , il faut pourtant bien dire que, cette fois, on en redemande et, justement, Donald Lillistone a récidivé, comme nous le verrons dans le prochain article, pour se projeter dans l’avenir et nous annoncer des évolutions considérables du paysage linguistique mondial au XXI ème siècle, celui-là même que vivront nos enfants et auquel nous devons les préparer ; ces évolutions prévisibles seront, d’après lui, hautement favorables à la langue française et à quelques autres…

 

Alain SULMON