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Pourquoi parler français (7) ?

Un 20° siècle flamboyant.

Pour la langue française, le 20° siècle aura été, du point de vue littéraire, d’une particulière fécondité et d’une invraisemblable densité ; c’est à peu près dans tous les domaines que la notoriété internationale va lui reconnaître cette prolificité. Dans cet article, nous nous limiterons essentiellement à l’attribution des prix Nobel de littérature pour en apporter l’illustration. Pourquoi le Prix Nobel ? Parce qu’il représente une consécration internationale incontestable et qu’il a été créé avec la 20° siècle naissant, précisément en 1901.

Commençons justement par le premier prix Nobel, celui de 1901, qui a été attribué à un Français, René-François Sully-Prudhomme, c’est le début d’une étonnante série de distinctions qui, tout au long du 20° siècle, va récompenser tout particulièrement des écrivains de langue française. Sur les cent-cinq prix Nobel de littérature attribués à ce jour (puisque six années ont été "blanches", principalement pour cause de guerre), quatorze l’ont été à des écrivains français avec, par ailleurs, quelques particularités étonnantes : Un seul philosophe "pur" a obtenu le prix Nobel (c’est à dire sans production d’oeuvres de fiction), il s’agit d’Henri Bergson en 1927 ; cas unique également : deux lauréats portent le même nom, Mistral : le second, ou plus exactement la seconde, Gabriela Mistral (de son vrai nom Lucila de Maria del Perpetuo Socorro Godoy Alcayaga, de nationalité chilienne) est le premier écrivain sud-américain à obtenir le prix Nobel en 1945 ; elle décide d’adopter ce patronyme de "Mistral" en hommage à notre poète provençal Frédéric Mistral, lui-même prix Nobel de littérature en 1904. Un seul écrivain a osé refuser le prix, il s’agit aussi d’un Français, Jean-Paul Sartre en 1964 (en réalité il y avait eu un précédent en 1958 puisque le russe Boris Pasternak, l’auteur du Docteur Jivago, en avait été empêché par le régime soviétique mais ce refus n’avait évidemment rien d'un libre choix). Deux "purs" poètes ont été primés et ce sont deux écrivains d’expression française le Belge Maurice Maeterlinck en 1911 (donc un quinzième prix pour un écrivain francophone) et le Français Saint-John Perse (de son vrai nom Alexis Léger) en 1960. Enfin, cas notable également, plusieurs écrivains d’origine non-francophone ont été distingués pour leurs écrits majoritairement ou partiellement en Français : ainsi l’Irlandais Samuel Beckett en 1969 pour son oeuvre théâtrale (et voilà un seizième) (En attendant Godot ou Oh, les beaux jours !, pièce toujours jouée actuellement à Paris), ou encore le Français d’origine chinoise Gao Xingjian (naturalisé en 1997) primé en 2000 (c’est donc encore un écrivain français qui reçoit le 1° prix Nobel de littérature du 21° siècle, comme cela avait été le cas au 20°) pour son oeuvre écrite en Chinois et en Français.

Au-delà de ces distinctions que l’on pourrait considérer comme anecdotiques s’il n’y avait un effet d’accumulation, ce sont souvent de nouveaux mouvements littéraires qui naissent au 20°siècle par le biais de la langue française, mouvements qui vont tout autant bénéficier d’une reconnaissance internationale. Ainsi le surréalisme naît-il sous la plume d’écrivains qui vont inventer une nouvelle forme d’écriture (André Breton, Robert Desnos, Paul Eluard, Blaise cendrars - ce dernier de nationalité suisse - ou encore Jules Supervielle, pour ne citer qu’eux…). Le genre romanesque va connaître une véritable transformation et si le Prix Nobel a couronné des romanciers "classiques" dans la première moitié du siècle : Romain Rolland en 1915, Anatole France en 1921, Roger Martin du Gard en 1937, ce sont des auteurs approfondissant de plus en plus la dimension psychologique ou philosophique du roman qui vont ensuite être distingués : André Gide en 1947, François Mauriac en 1952, Albert Camus en 1957, Jean-Paul Sartre, déjà cité, en 1964, jusqu’à couronner Claude Simon en 1985, un représentant de l’école du "Nouveau roman" (La route des Flandres) tout comme Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Michel Butor, ou encore Marguerite Duras par exemple.

Les deux derniers prix Nobel attribué à des Français l’ont été en 2008 à JMG Le Clézio (J.M.G. pour Jean-Marie Gustave) et à Patrick Modiano en 2014 ; cet écrivain, né à l’île Maurice un (petit) pays qui a été deux siècles durant un Dominion, c’est à dire une colonie anglaise, et dont la langue officielle est l’anglais, choisit d’écrire en français. C’est d'ailleurs encore le cas d’un autre Mauricien, le somptueux poète Malcom de Chazal (1902 - 1981), qui aurait sans doute aussi mérité le prix Nobel. Quant à Patrick Modiano, il est d'ores et déjà considér comme le Marcel Proust du 21° siècle.

Evidemment, bien d’autres auteurs d’expression française ont marqué notre époque sans obtenir pour autant le prix Nobel. Plusieurs écrivains français l’ont "raté" alors qu’ils ont apporté une nouvelle dimension littéraire à l’écriture ; on peut en citer au moins cinq : Marcel Proust et Antoine de Saint-Exupéry, promis au Nobel mais morts trop tôt, Céline devenu un écrivain maudit à cause de ses positions antisémites (lisez ou relisez donc Voyage au bout de la nuit), Louis Aragon, sans doute trop marqué politiquement, ou encore Georges Bernanos, sans doute trop marqué spirituellement, mais dont l’écrivain russe Andreï Makine (naturalisé Français en 1995 après avoir obtenu le prix Goncourt la même année) a récemment écrit : "La France pèse encore dans le monde grâce à cet héritage d’idées que les nations associent à ce pays, et notamment à sa vocation surnaturelle proclamée par Georges Bernanos" (in Cette France qu’on oublie d’aimer publié chez Flammarion en 2006). Rappelons qu’en 2006, la même année, un jeune Américain sorti de l’université de Yale, Jonathan Littell, décide lui aussi d’écrire en Français et obtient également le prix Goncourt (et la nationalité française en 2007) pour son roman Les Bienveillantes paru chez Gallimard. Cependant, pour revenir aux écrivains du 20° siècle, il est impossible de les citer tous et nombreux sont ceux qui ont apporté une contribution inestimable à l’évolution de la littérature et de la pensée universelles. les "Nobelisés" ne sont donc jamais que la partie la plus visible de l’iceberg.

En 1945, à la conférence de San Francisco préparatoire à l’installation de l’Organisation des Nations Unies à New-York, un vote eut lieu pour désigner la langue officielle ; ce fut le français qui obtint la majorité des voix au grand dam des Américains qui considéraient que le "leadership" (ndlr : en anglais dans le texte) leur revenait de droit. Puisque l’ONU s’installait à New-York, il fut cependant décidé qu’il y aurait deux langues officielles, le français et l’anglais (ce qui est toujours le cas) et que chaque délégation pourrait s’exprimer indifféremment dans l’une de ces langues, tandis que tous les textes et documents seraient produits dans les deux idiomes, mais c’est la dernière fois que le français obtint une supériorité numérique sur l’anglais.

A partir du milieu du 20° siècle, une autre langue va donc, peu à peu, supplanter la langue française comme première langue internationale et celle-ci va voir s’offrir un autre positionnement, s’ouvrir un autre destin, un autre avenir et, peut-être, une autre mission. Et quel destin ? Quelle mission ? Nous y réfléchirons dans de prochains articles.

Source Wilkipédia

 

 

Alain SULMON