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Pourquoi parler français (3) ?

Du 16° au 20° siècle, cinq cents ans de pensée française.

 

Le 16° siècle apparaît comme un tournant décisif de l’évolution de notre langue pour plusieurs raisons:

Par l’ordonnance de Villers-Cotterêts le 10 août 1539, le roi François 1° fait du français la langue officielle de son royaume, qui devient ainsi prophète en son pays : l’usage de la langue française est dès lors obligatoire dans tous les actes officiels par volonté d’identifier le pays de France à la langue parlée par son suzerain. Observons cependant que le français ne vient pas remplacer une autre langue parlée mais s’impose au latin jusqu’alors utilisé.

Dix ans plus tard, en 1549, Joachim du Bellay fait paraître son manifeste "Défense et Illustration de la langue française". Il s’agit d’un véritable plaidoyer en faveur du français considéré déjà comme l’égal du latin et du grec, et prônant l’inspiration dans les textes des auteurs anciens, dans l’esprit de la Renaissance.

La langue française arrive à maturité et prend globalement sa forme actuelle, même si certains choix ne sont pas encore faits, comme l’accord des participes, le genre de certains noms (par exemple, il nous reste le mot "après-midi" qui est utilisé indifféremment au masculin ou au féminin, ou encore les mots "amour, délice et orgue", masculins au singulier et féminins au pluriel - ainsi il faudrait écrire : "Cet orgue est le plus beau parmi les plus… belles !" - amusant, non ? -), l’article défini encore facilement absent ("Nature n’a que faire de Fortune" écrit Montaigne), etc.

C’est précisément avec la création de l’Académie Française en 1635 que le Français va définitivement se fixer. La mission assignée à l’Académie est de donner ses règles à la langue française, de la rendre claire et compréhensible à tous, et d’éditer un dictionnaire (le premier dictionnaire de l’Académie française est publié en 1694). Il y aura donc un vrai dirigisme d’état pour présider aux destinées de notre langue mais ce dirigisme restera cependant tempéré par l’usage.

"Enfin Malherbe vint !" écrira Nicolas Boileau (1636-1711) car effectivement François de Malherbe (1555-1628) va consacrer sa vie à épurer et discipliner la langue française en s’appuyant sur l’usage : "Quelque absolu que vous soyez, vous ne sauriez, Sire, ni abolir, ni établir un mot, si l’usage ne l’autorise". Boileau poursuivra l’oeuvre de Malherbe en préconisant constamment la recherche de la clarté :

"Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément.

(…)

Hâtez-vous lentement et sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage."

Dés lors la langue française va faire feu de tout bois et dans tous les domaines (on limitera les auteurs cités à cinq pour faire court selon un choix nécessairement contestable à cause du trop-plein d’écrivains dans presque tous les genres et sans faire appel aux auteurs du 20° siècle à qui nous consacrerons une réflexion spécifique dans un autre article) : la Poésie (Ronsard, La Fontaine, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud,…), le Théâtre (Corneille, Racine , Molière, Marivaux, Musset,…), le Roman (Rabelais, Stendhal, Balzac, Hugo, Flaubert,…), la philosophie (Montaigne, Descartes, Diderot, Rousseau, Voltaire,…), les Sciences et Techniques (Buffon, Lavoisier, Lamarck, Auguste Comte, Claude Bernard,… ), l’Economie (Saint-Simon, Tocqueville, Fourier, Proudhon, Bastiat, …), le Droit (Montesquieu, Barbeyrac, Domat, Beaumarchais, (le code) Napoléon, …), la religion (Pascal, Calvin, Bossuet, Fénelon, Bourdaloue,…), l’Histoire (Michelet, Fustel de Coulanges, Renan, Taine, Bainville,…), etc. Arrêtons là pour éviter une litanie fastidieuse…

Assez rapidement et sans aucune autre action que celle de leur plume, exemple unique d’une langue qui rayonne d’elle-même, sans hégémonie financière, territoriale ou démographique (sauf pendant la courte période napoléonienne qui lui a d’ailleurs porté préjudice), ces écrivains vont faire de la langue française, du 16° au 20° siècle, celle de l’Europe et celle du monde (lire à ce sujet : "Quand l’Europe parlait Français" de Marc Fumaroli de l’Académie française, éditions Le Livre de Poche). De langue de culture, le Français va devenir langue de civilisation, comme le grec et le latin, encore étudiés aujourd’hui grâce à la richesse originelle des textes littéraires qui nous sont parvenus.

C’est si vrai qu’en 1783, l’Académie de Berlin lance un grand concours international dont le sujet est le suivant : "Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ?". Autrement dit, quelles sont donc les qualités intrinsèques de cette langue, qui ont rendu possible une telle fulgurance ? Le prochain article proposera des éléments de réponse à cette question.

 

Alain SULMON